AGIRC-ARRCO : la retraite complémentaire des salariés
L'AGIRC-ARRCO est le régime de retraite complémentaire obligatoire des salariés du secteur privé. Issu de la fusion en 2019 de l'ARRCO (Association pour le Régime de Retraite Complémentaire des salariés) et de l'AGIRC (régime des cadres), il couvre aujourd'hui plus de 20 millions de cotisants et 13 millions de retraités.
Contrairement au régime général qui fonctionne en trimestres, l'AGIRC-ARRCO fonctionne en points. Chaque année, vos cotisations sont converties en points, qui sont cumulés tout au long de votre carrière. À la retraite, vos points sont multipliés par la valeur de service du point pour calculer votre pension.
Les valeurs clés du point en 2026
Deux valeurs définissent le fonctionnement du point AGIRC-ARRCO. La valeur d'achat (ou prix d'acquisition) sert à convertir vos cotisations en points. La valeur de service sert à convertir vos points en pension à la liquidation.
| Indicateur 2026 | Valeur | Usage |
|---|---|---|
| Valeur d'achat du point | 20,3018 € | Calcule combien de points vous obtenez par euro cotisé |
| Valeur de service du point | 1,4395 € | Calcule votre pension annuelle (points × 1,4395 €) |
| Rendement du point | ~ 7,09 % | Ratio valeur de service / valeur d'achat (1,4395 / 20,3018) |
| PASS (plafond annuel) | 47 100 € | Sépare les tranches T1 et T2 |
Le rendement instantané du point est d'environ 7 %, ce qui signifie qu'un euro cotisé aujourd'hui « rapporte » environ 7 centimes par an de pension à vie. C'est un rendement très avantageux comparé à un placement classique. Cette valeur est cependant susceptible d'évoluer (revalorisations différenciées de la valeur d'achat et de service).
Cotisations AGIRC-ARRCO : T1 et T2
Les cotisations AGIRC-ARRCO sont calculées sur le salaire brut, réparties sur deux tranches en fonction du PASS (Plafond Annuel de la Sécurité Sociale, 47 100 € en 2026).
| Tranche | Base de calcul | Taux global | Part patronale | Part salariale |
|---|---|---|---|---|
| T1 | 0 à 47 100 € (1 PASS) | 7,87 % | 4,72 % | 3,15 % |
| T2 | 47 100 € à 376 800 € (1 à 8 PASS) | 21,59 % | 12,95 % | 8,64 % |
À noter : au-delà de 8 PASS (376 800 €), aucune cotisation AGIRC-ARRCO n'est due. Les très hauts revenus plafonnent leurs droits. À ces cotisations s'ajoute une Contribution d'Équilibre Général (CEG) de 2,15 % en T1 et 2,7 % en T2, et une Contribution d'Équilibre Technique (CET) de 0,35 % pour les revenus supérieurs au PASS.
Calcul opérationnel des points acquis
Voyons concrètement comment se calcule l'acquisition de points. Prenons l'exemple d'un cadre avec un salaire annuel brut de 60 000 € en 2026.
- Tranche T1 : 47 100 € × 7,87 % = 3 706,77 € de cotisations totales (part patronale + salariale)
- Tranche T2 : (60 000 - 47 100) × 21,59 % = 12 900 × 21,59 % = 2 785,11 €
- Total des cotisations 2026 : 6 491,88 €
- Cotisations génératrices de droits (× 100/127) : 6 491,88 × 0,787 = 5 109 €
- Points acquis : 5 109 / 20,3018 = ~ 252 points
Ce cadre acquiert donc environ 252 points en 2026. Sur une carrière de 40 ans à ce niveau de revenu (avec ajustements pour inflation), il accumulerait environ 10 000 points, soit une pension AGIRC-ARRCO annuelle de 10 000 × 1,4395 = 14 395 € par an, soit 1 200 € par mois.
Estimez vos points acquis et votre future pension complémentaire selon votre salaire et votre durée de carrière.
Le malus temporaire de 10 % et son contournement
Depuis 2019, l'AGIRC-ARRCO applique un coefficient de solidarité qui réduit temporairement la pension complémentaire de 10 % pendant 3 ans (et au plus tard jusqu'à 67 ans) pour les salariés qui liquident leur pension dès l'obtention du taux plein au régime général.
Pour éviter ce malus, il faut décaler son départ d'au moins un an (4 trimestres) après l'obtention du taux plein. Ce report transforme le malus en une situation neutre, voire en bonus :
| Décalage après taux plein | Coefficient AGIRC-ARRCO | Effet |
|---|---|---|
| Aucun (départ immédiat) | -10 % pendant 3 ans | Malus temporaire |
| +1 an (4 trimestres) | 100 % | Pas de malus, pas de bonus |
| +2 ans (8 trimestres) | +10 % pendant 1 an | Bonus temporaire |
| +3 ans (12 trimestres) | +20 % pendant 1 an | Bonus renforcé |
| +4 ans et plus | +30 % pendant 1 an | Bonus maximum |
Cas particuliers d'exonération du malus : pensions d'invalidité, retraités exonérés de CSG, départ pour carrière longue avec dispense, départ pour handicap, et plusieurs autres situations sociales. Vérifiez auprès de l'AGIRC-ARRCO votre éligibilité avant de liquider.
Bonifications et majorations
En plus du bonus temporaire pour départ retardé, l'AGIRC-ARRCO accorde plusieurs majorations permanentes :
- Majoration pour enfants à charge : 5 % par enfant encore à charge à la date de liquidation (à condition que l'enfant ait moins de 18 ans, ou 25 ans si étudiant, ou sans limite si handicap)
- Majoration pour 3 enfants ou plus : +10 % à vie de la pension AGIRC-ARRCO, pour les pères et mères ayant élevé au moins 3 enfants
- Réversion à 60 % aux conjoints survivants, sans condition de ressources, à partir de 55 ans
Ces majorations se cumulent. Un parent de 3 enfants partant en retraite avec un enfant encore à charge bénéficie de 5 % (enfant à charge) + 10 % (3 enfants) = 15 % de bonus permanent sur sa pension AGIRC-ARRCO. Sur une pension de 1 500 €/mois, c'est 225 €/mois supplémentaires, soit 2 700 €/an à vie.
Cumul emploi-retraite : du neuf depuis 2023
La loi du 14 avril 2023 a profondément modifié le cumul emploi-retraite. Désormais, les cotisations versées par un retraité en activité génèrent de nouveaux droits à pension. Auparavant, ces cotisations étaient à fonds perdus (le retraité cotisait mais n'accumulait pas de nouveaux points).
Conditions pour cumuler intégralement emploi et retraite :
- Avoir liquidé toutes ses pensions de base et complémentaires, dans tous les régimes
- Avoir atteint l'âge légal et obtenu le taux plein (par durée d'assurance ou âge automatique 67 ans)
- Reprendre une activité différente ou chez un autre employeur (sinon : délai de carence de 6 mois)
À défaut, le cumul partiel reste possible (avec plafond de revenus égal au dernier salaire ou 1,6 SMIC). En cumul partiel, les nouveaux trimestres et points ne génèrent pas de droits supplémentaires.
Combinez régime général + AGIRC-ARRCO pour une estimation globale de votre pension future.
Combien faut-il de points pour bien vivre ?
Voici quelques repères pour situer votre futur niveau de pension AGIRC-ARRCO en fonction des points cumulés (en supposant la valeur du point à 1,4395 € en 2026) :
| Points cumulés en fin de carrière | Pension annuelle brute | Pension mensuelle brute | Profil type |
|---|---|---|---|
| 3 000 points | 4 319 € | 360 € | Carrière courte ou bas revenus |
| 7 000 points | 10 077 € | 840 € | Salarié non-cadre carrière complète |
| 12 000 points | 17 274 € | 1 440 € | Cadre carrière complète à revenu moyen |
| 20 000 points | 28 790 € | 2 400 € | Cadre supérieur ou dirigeant |
| 30 000 points | 43 185 € | 3 600 € | Très hauts revenus carrière longue |
En 2024, la pension moyenne AGIRC-ARRCO est de environ 880 € par mois tous régimes confondus. Pour les anciens cadres, elle s'élève à 1 350 € par mois, et pour les non-cadres à 460 € par mois. L'écart entre cadres et non-cadres est massif et reflète les cotisations différentielles sur la tranche T2.
Points particuliers à connaître
Quelques règles spécifiques méritent attention pour bien comprendre votre relevé de points AGIRC-ARRCO :
- Maladie, maternité : pendant les arrêts maladie indemnisés, l'employeur continue à cotiser sur la base du salaire maintenu. Les points continuent à être acquis.
- Chômage indemnisé : France Travail verse des cotisations AGIRC-ARRCO sur une base réduite. Les points sont acquis mais à un rythme plus faible.
- Service militaire, congés parentaux : possibilité d'attribution gratuite de points sous conditions
- Rachat de points : possible pour les périodes non cotisées (études, années à l'étranger), coût élevé mais déductible des bénéfices pour les indépendants
- Coordination internationale : conventions bilatérales avec une 40aine de pays permettent de cumuler les périodes de cotisation pour la pension finale